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Une sacrée opportunité à saisir

Mis à jour : avr. 6



Dimanche prochain, avec la fête des Rameaux, débute la Semaine Sainte. Qui aurait cru, il y a quelques semaines seulement, que nous allions devoir la vivre chacun chez soi, privés de nos célébrations communautaires si importantes pour nous chrétiens ? On peut s’en désoler et se dire que notre semaine sainte 2020 est bel et bien gâchée. On peut aussi se dire, et c’est le parti que je prends, qu’il y a là une « sacrée » opportunité à saisir, celle de vivre ensemble, certes à distance mais dans une communion renforcée, une semaine sainte « extraordinaire » dans tous les sens du terme. Pour ce faire, je vous propose 3 pistes que chacun pourra mettre en œuvre comme il le souhaite et surtout comme il le peut, en fonction des contraintes qui sont les siennes.


Vivre chaque jour de l’Esprit du Ressuscité

Une des conséquences du confinement est l’impossibilité de pouvoir nous nourrir à la table de l’Eucharistie. Si cela peut être une souffrance pour la plupart d’entre nous, n’oublions pas ces paroles que Jésus prononce au moment de son départ vers le Père : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20). Oui, nous avons avec nous, chez nous, plus que l’Eucharistie : Jésus lui-même ! C’est la grande révolution apportée par le Christ : « L’heure vient où vous n’irez plus sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père (…) L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jn 4,21.23). L’heure est venue, chers amis, où, ne pouvant plus célébrer dans nos églises, il nous faut adorer en esprit et en vérité. Car le Christ est là, dans nos maisons. Aussi, plutôt que de se désoler de ne pouvoir recevoir le Pain de Vie, réjouissons-nous de sa présence quotidienne à nos côtés. Chaque matin, il est là à la porte de nos cœurs et nous dit : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3,20). Si depuis le 17 mars nous n’entendons plus personne sonner à la porte de notre maison, peut-être est-ce pour nous permettre d’entendre Celui qui, en nous, frappe à la porte de notre coeur. Ouvrir sa porte chaque matin au Seigneur, c’est lui permettre d’entrer dans nos vies, de les rendre plus inspirées et donc plus inspirantes pour les autres. Bien souvent nous entamons nos journées comme si elles étaient déjà vécues, comme si tout était déjà prévu, planifié, organisé. Démarrer la journée avec la conviction que tout est neuf, que tout est à construire, que tout peut arriver – même dans le confinement ! –, que le plus beau est devant nous, ça change tout ! Et si chaque matin de cette semaine sainte nous faisions le plein d’Esprit-Saint en ouvrant nos portes au Ressuscité ?


Se nourrir chaque jour de la Parole de Dieu

Ce temps de confinement, et en particulier cette semaine sainte, est peut-être aussi propice pour revisiter notre manière de prier. « Toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,6). Là encore, l’opportunité ne nous est-elle pas offerte en ces jours de nous retirer, de nous isoler, pour rencontrer le Père ? Face à cette tentation si grande d’aller chercher ailleurs ce qui nous manque – en particulier par les médias et autres réseaux sociaux –, le Seigneur nous convoque à l’intérieur de nous-même. Il nous invite, tel Zachée, à descendre au fond de notre cœur : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Lc 19,5). Il s’agit pour nous de découvrir un monde que nous connaissons si peu : notre jardin intérieur. Ce jardin où le Ressuscité nous attend pour, telle Marie-Madeleine au matin de Pâques, nous entretenir avec lui. Pour y accéder, le chemin est simple : l’écoute de la Parole. « S’il t’appelle tu diras : Parle Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3,9) explique le prophète Elie au jeune Samuel. Or, bien souvent, nous faisons plutôt l’inverse : « Ecoute Seigneur, ton serviteur parle » ! Prendre le temps de l’écoute demande du temps, de la patience. C’est accepter d’entrer dans le silence du désert, de laisser l’Esprit agir à sa manière afin que, peu à peu, il prenne toute sa place et nous transfigure. C’est ainsi que, goutte après goutte, en laissant la Parole féconder ma terre intérieure, mon jardin fleurira et exhalera son parfum d’éternité. Et si chaque jour de cette semaine sainte nous nous posions quelques minutes pour laisser descendre en nous la Parole de Dieu, portés par cette conviction exprimée par le prophète Isaïe : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer (…) Ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission » (Is 55,10-11).


Explorer chaque jour de nouveaux chemins de communion

Dans ce temps d’isolement nous avons la chance d’être à une époque où les moyens technologiques nous permettent de rester en contact les uns avec les autres. Par le téléphone, le courriel et autres réseaux sociaux, nous pouvons nous faire proches de nos frères et sœurs, en particulier ceux qui sont isolés ou en souffrance. Je rends grâce à Dieu pour cette chaine de fraternité qui se met en place sur nos communautés. Cette semaine sainte nous invite à poursuivre cet élan afin de mettre en pratique ce commandement de Dieu : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12). Demandons à l’Esprit-Saint de nous inspirer de nouveaux chemins de communion afin d’être créatifs en terme de solidarité et de fraternité.


N’oublions pas non plus que nous avons, nous chrétiens, un réseau « wifi » extraordinaire qui ne tombe jamais en panne : la communion des saints ! Puissions-nous l’utiliser chaque jour pour prier tout d’abord avec intensité pour tous nos frères et sœurs malades, ceux qui les soignent, ceux qui nous gouvernent, ceux qui souffrent de cette situation, ceux qui font vivre notre pays en ces temps si compliqués. Puissions-nous l’utiliser aussi pour rester en communion de prière les uns avec les autres, non seulement dans nos rendez-vous spirituels quotidiens, mais aussi lorsque nous aurons, via la télévision ou internet, à vivre ensemble les célébrations de la semaine sainte. Certes vos pasteurs ne seront pas là physiquement auprès de vous mais le Christ, le seul vrai Pasteur, lui sera là ; et c’est bien là l’essentiel. Il sera là pour nous rappeler qu’avec lui la vie est toujours plus forte que la mort ; c’est tout le sens du mystère de Pâques. Oui un jour nous allons mourir – et l’actualité nous le rappelle quotidiennement – mais tous les autres jours nous allons vivre ! Alors que cette semaine sainte nous permette de nous émerveiller de cet incroyable cadeau qui nous est offert chaque jour : la Vie !


Belle semaine sainte à tous !


Père Hervé



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