• fratsaintmalo

Un simple jardin

Mis à jour : avr. 12



Un jardin … un simple jardin ! Tel est le décor que les évangiles nous proposent comme écrin de ce qui demeure certainement aujourd’hui encore l’événement le plus important de l’histoire de l’humanité : la résurrection de Jésus. Pour nous chrétiens, il s’agit là du salut du monde, à savoir la manière avec laquelle Dieu lui-même, en la personne de Jésus, vient rejoindre notre humanité pour la ramener à Lui par le mystère de sa mort et de sa résurrection. Devant un tel événement, n’aurait-on pas imaginé un scénario plus grandiose ? Imaginez par exemple Jésus ressuscité, planté debout sur l’esplanade du Temple, devant tout le peuple. Avouez que ça aurait de la gueule ! Mais voilà, face à ce rêve illusoire et mal ajusté, Dieu a imaginé un autre moyen pour manifester sa présence.


Ouvrons bien les yeux en effet : Dieu a choisi un jardin, un simple jardin, dans la brise légère d’un matin de printemps. Et qui est présent dans ce jardin ? De simples femmes, ordinaires. Aucun puissant, aucune élite. Même les apôtres sont absents ; il faudra que ce soit ces femmes qui aillent les chercher. N’y a-t-il pas là une leçon à retenir ?


Vous l’aurez compris, la résurrection est avant tout un événement intérieur et personnel, intemporel et universel. Autrement dit : la résurrection est en nous et non pas d’abord à l’extérieur de nous. Vous pourrez annoncer sur tous les murs, sur tous les écrans, sur toutes les ondes : « Christ est ressuscité ! », ce ne sont pas nos moyens de communication qui feront naître de nouveaux chrétiens. Pourquoi ? Parce que Dieu a choisi une autre voie pour offrir sa vie divine à l’humanité : le cœur transformé, transfiguré. « C’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples » (Mt 26,18).


Oui, c’est à l’intérieur de chacun de nous que tout se passe, dans cet Eden intérieur où le Ressuscité nous attend pour nous recréer. Désormais, ce n’est plus lui qui est dans le tombeau, c’est nous qui sommes encore enfermés. Et il se propose de nous rouler la pierre pour que nous sortions à sa rencontre. Le paradoxe est là que pour sortir et ressusciter à la Vie, il nous faut entrer en nous-même, là où le Christ nous attend. Etrangement, nous avons peu appris à apprivoiser notre intériorité. Pris par nos rites extérieurs, personnels ou communautaires, nous avons parfois oublié le cœur de notre foi : la Résurrection est avant tout une histoire d’amour intime. Elle est une relation à vivre ; une relation qui, nourrie chaque jour par l’amour et la foi, me transforme et transforme le monde. Ainsi, peu à peu, je deviens à ce point amoureux que cela se voit sur mon visage, dans mes paroles, en tout mon être.


Puisse ce temps du confinement nous ramener à l’essentiel : prendre soin de notre jardin intérieur, apprendre à y entrer sans peur chaque jour en ouvrant notre porte à l’Époux qui attend d’être désiré, y cultiver notre terre en aimant tout simplement, laissant la Parole l’abreuver et la féconder. Alors tôt ou tard exhalera un parfum nouveau qui vient d’en-haut. Un parfum qu’on ne maîtrise pas, qui offre à celui qui le répand et à ceux qui l’entourent une vie plus apaisée, plus heureuse, plus lumineuse, plus inspirée. Un parfum qui donne tout simplement la vie, la vraie vie, la vie divine.


Alors, en attendant ce jour tant attendu de nos retrouvailles où, en Eglise, nous pourrons célébrer à nouveau, ne boudons pas notre plaisir. Profitons de ce temps pascal qui s’ouvre devant nous pour nous émerveiller de ces 3 mots : Christ est ressuscité ! Qu’il le soit vraiment en chacun de nous … c’est bien là l’essentiel !


Père Hervé HUET