• fratsaintmalo

Un cap, une boussole ... et en avant !

Homélie du 5° dimanche de Pâques – Année A – 10 mai 2020


« Je pars vous préparer une place » (Jn 14,2). A la veille de ce fameux 11 mai tant attendu, il est fort probable que vous soyez plus préoccupés par la manière avec laquelle vous allez vivre ces jours de déconfinement que par les paroles de Jésus en ce 5° dimanche de Pâques. On a presque envie de lui dire: « Tu es bien gentil, mais tu ne vois pas qu’il y a des choses beaucoup plus urgentes en ce moment ? ». Et si ces paroles venaient, bien au contraire, donner une réponse à nos questionnements actuels afin de vivre ce temps d’incertitude avec confiance et sérénité ? Jésus nous offre en effet ici un cap et une boussole pour poursuivre résolument notre route.


Un cap. Après quoi courrons-nous ? Telle est peut-être la question qui surgit en plein cœur de cette crise inattendue. Jésus nous donne dans cet Evangile une réponse simple qui peut laisser perplexe : « La maison de mon Père ! ». Cela peut presque faire sourire et pourtant n’est-ce pas précisément ce qui habite le cœur de l’homme, à savoir la quête d’une demeure, d’un véritable « chez-nous » où nous reposer enfin, et la soif plus profonde encore d’un Amour véritable qui nous accueille et nous comble pour toujours. Voilà la vraie Bonne Nouvelle pour laquelle Jésus est venu sur cette terre : nous révéler que ce Dieu d’où il vient est un Père aux entrailles de mère et que notre bonheur ultime est d’être tous réunis « en lui». Avoir au fond de notre cœur la certitude qu’au bout du chemin un Amour nous attend change profondément notre quotidien. C’est une perspective qui a tout pour illuminer nos vies. La route est toujours plus passionnante pour celui qui sait que le plus beau reste à venir !


Une boussole ! Pour atteindre ce but, cette source du bonheur absolu, Jésus n’y va pas par quatre chemins : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,6). Autrement dit, il se présente comme une boussole, cet instrument si précieux lorsque nous sommes dans le brouillard ou perdus en terre inconnue. Oui, depuis l’événement de la Résurrection, Jésus est désormais notre boussole. C’est lui le chemin le plus court – la petite voie dirait Ste Thérèse de Lisieux –, pour parvenir au Père. C’est lui qui nous éclaire de l’intérieur pour nous guider dans la vérité toute entière. C’est lui enfin qui est la Vie véritable, avec un grand « V » ; cet arbre dont parle le livre de la Genèse et le Psaume 1 auquel il nous faut être greffés pour vivre en abondance et porter du fruit au centuple.


Et en avant ! Avec ce cap et cette boussole, Jésus nous offre aussi l’énergie, la force, la puissance, le carburant, la nourriture pour entreprendre notre marche de chaque jour. « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous » (Ac 1,8). Une force qui va jusqu’à guérir les cœurs brisés, relever les affaiblis, et même transformer un morceau de pain en Corps du Christ ! Une force qui permet de réaliser des œuvres plus grandes encore que celles de Jésus lui-même selon ses propres paroles. Une force qui nous oriente dans un même élan vers Dieu et vers nos frères les plus fragiles ; avec cette conviction qu’en les servant, nous rencontrons Dieu lui-même. « Si tu es en extase et que ton frère a besoin d’une tisane, quitte ton extase et va porter ta tisane. Le Dieu que tu quittes est moins sûr que le Dieu que tu trouves » nous dit le mystique Ruysbroeck.


En ce temps pascal qui nous mène à la Pentecôte, demandons au Père chaque matin ce pain quotidien qu’est l’Esprit de son Fils ressuscité. C’est lui qui nous fera rayonner d’une paix et d’une joie profondes qui témoigneront, même dans le silence, de cette présence calme et aimante d’un Dieu qui marche avec son Peuple pour le conduire jusqu’à son Eternité. N’est-ce pas de cela dont le monde a finalement le plus besoin en ces temps si troublés ?


Père Hervé Huet