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L’auberge des cœurs brûlants

Homélie du 3° dimanche de Pâques – 26 avril 2020


L’Evangile de ce jour nous présente deux hommes dont la vie va être radicalement bouleversée par la rencontre avec le Ressuscité. L’un d’eux se nomme Cléophas, l’autre n’a pas de nom, comme pour nous inviter à prendre sa place afin de vivre, à notre tour, ce chemin qui nous fera passer de la tristesse à l’allégresse, de la mort à la vie.


Ils marchaient tout tristes. Ces deux hommes ne symbolisent-ils pas notre humanité qui erre bien souvent dans la tristesse et la mélancolie ? Une humanité déçue par tant de promesses qui n’ont jamais répondu pleinement à ses attentes, qu’elles soient politiques, économiques, scientifiques, mais aussi religieuses. Car il faut bien le dire, combien sont-ils d’hommes et de femmes qui n’ont pas trouvé en l’Eglise même, une réponse à leur soif de spiritualité, de vie profonde, se heurtant souvent à un langage trop ésotérique, trop moral, trop intellectuel ou à des témoins trop fades, trop éteints, trop tristes ?


Jésus marchait avec eux. Le chemin vers la Vie qui nous est offert dans cette page d’Evangile commence par une conviction essentielle : Jésus est là qui marche avec nous. Si nous avons le sentiment qu’il est absent, c’est parce que nos yeux sont aveuglés. Oui, depuis la Résurrection et la Pentecôte, Jésus ressuscité est là, au cœur de l’humanité, au cœur de nos maisons. Et disons le haut et fort : c’est l’essentiel ! Même si nous n’avons pas accès à l’Eucharistie, Jésus ressuscité est pleinement là, présent au cœur de nos vies. C’est l’expérience spirituelle relatée par Marcel Callo qui, quelques mois avant sa mort, confiné dans une prison en Allemagne, écrit dans une de ses lettres : « Heureusement, il est un Ami qui ne me quitte pas un seul instant et qui sait me soutenir dans les heures pénibles et accablantes. Avec lui, on supporte tout. Combien je remercie le Christ de m’avoir tracé le chemin où je vis en ce moment ». Puissions-nous avoir le même enthousiasme en ce temps de jeûne eucharistique !


Notre cœur n’était-il pas tout brûlant ? Avec une pédagogie qui demeure pour nous « le » modèle d’évangélisation par excellence, Jésus invite ses amis à creuser au fond d’eux-mêmes pour laisser émerger leurs questionnements, leurs attentes, leurs déceptions, leurs soifs de vivre. Il les invite ensuite à les confronter avec les Ecritures afin d’y trouver le sens qui permet aux cœurs de s’ouvrir enfin à Celui qui est le chemin, la vérité et la vie. Ce temps du confinement est une invitation à écouter nos désirs profonds, nos appels intérieurs, à ne pas avoir peur de nos loups – l’orgueil, la violence, la peur, la jalousie, la médisance, etc. – qui prennent si souvent le dessus sur notre véritable moi. Jésus, l’Agneau véritable, nous invite à faire ce pèlerinage intérieur avec lui – « reste avec nous » – afin d’y déployer sa paix, sa joie, sa lumière. Alors, peu à peu, nos yeux s’ouvriront enfin et nous verrons la vie, la nôtre et celle des autres, avec les yeux de Dieu.


Si nous acceptons tous d’entreprendre ce voyage intérieur pendant ce confinement, alors nous pourrons fêter nos retrouvailles comme des ressuscités autour du Vivant le jour où nous célébrerons à nouveau. Alors nos communautés, composées de membres au cœur brûlant, seront vraiment rayonnantes. Alors nous saurons rejoindre mieux que jamais nos frères et sœurs assoiffés de la vraie vie, les écoutant vraiment dans leurs préoccupations sans leur faire la morale ou chercher à les récupérer, les ouvrant à la vraie Parole qui libère sans imposer la nôtre, les invitant en ce lieu qui devrait être pour tous une véritable auberge : l’Eglise !

Père Hervé Huet


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