• fratsaintmalo

J'aimerais tant ...



Depuis l’annonce officielle du report des célébrations dans nos églises au 2 juin, de nombreuses voix s’élèvent contre cette décision. J’avoue que cette réaction me questionne.


J’aimerais tant qu’on donne à voir une Eglise qui, malgré le jeûne eucharistique, rayonne plus que jamais de la grâce qu’elle reçoit autrement chaque jour de son Seigneur, le Pain vivant descendu du ciel. Qu’avons-nous raté en effet pour laisser croire qu’en ne pouvant communier nous serions privés de la grâce divine ? Avons-nous oublié ces paroles du Christ à ses apôtres : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20) ? Certes l’absence du Pain Eucharistique est une souffrance pour chacun de nous, mais n’est-ce pas là une belle opportunité pour approfondir les autres « tables » où le Christ s’offre tout aussi réellement : la Parole de Dieu, la prière personnelle, le service du pauvre ? N’est-ce pas aussi l’occasion de communier avec celles et ceux qui, de manière permanente – je pense en particulier aux personnes divorcées remariées –, sont vraiment privés de l’Eucharistie ?


J’aimerais tant qu’on donne à voir une Eglise qui, malgré l’incapacité de célébrer, témoigne plus que jamais de l’Esprit qui donne la joie et fait toute chose nouvelle. Qu’avons-nous raté en effet pour en arriver à dire que le report de l’ouverture de nos églises est une atteinte à la liberté de culte ? Avons-nous oublié ces paroles du Christ à la Samaritaine : « L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité » (Jn 4,23) ? Certes, l’absence de célébrations est une souffrance pour chacun de nous, mais n’est-ce pas là une belle opportunité pour approfondir notre vie intérieure afin de laisser le Ressuscité prier en nous et, ainsi, nous rendre vraiment libres ? N’est-ce pas aussi l’occasion de communier avec celles et ceux qui, de manière permanente – je pense en particulier aux martyrs de la foi –, sont vraiment privés de la liberté de culte ?


J’aimerais tant qu’on donne à voir une Eglise qui, malgré l’impossibilité de se rassembler, se tourne résolument vers celles et ceux qui souffrent. Qu’avons-nous raté en effet pour que nous donnions le sentiment que ce qui nous préoccupe, c’est d’abord nous-mêmes ? Avons-nous oublié ces paroles du Christ à ses disciples : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9,35) ? Certes, le manque de vie communautaire est une souffrance pour chacun de nous, mais n’est-ce pas là une belle opportunité pour approfondir notre charité envers les plus pauvres, les plus fragiles, à commencer par tous ceux qui sont ou seront lourdement affectés par cette crise ? N’est-ce pas aussi l’occasion de communier avec celles et ceux qui, de manière permanente – je pense en particulier à nos frères et soeurs malades –, sont vraiment privés de communauté ?


A l’heure où nous manquons de visibilité sur ce que sera demain, est-ce pour nous vraiment si difficile d’attendre encore un peu et, ainsi, participer à notre mesure à l’effort collectif contre cette pandémie ? Car au fond de nous il y a cette conviction inébranlable que rien, pas même un coronavirus, ne pourra nous séparer de l’amour du Christ. La plus belle preuve de cette foi serait même de revendiquer la dernière place, si évangélique, dans la liste des réalités à déconfiner. Alors oui, je peux le dire, je serais sacrément fier de cette Église que j’aime tant.


P. Hervé Huet