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Homélie du Vendredi Saint



Le signe de la Croix

A chaque prière, nous faisons sur nous-mêmes le signe de la Croix. C’est un geste de foi qui nous marque de ce qui est au centre du Mystère du Christ : Il a été crucifié et est ressuscité le troisième jour. Il avait vu venir sa mort violente et l’avait annoncé à ses disciples (Mt 6,21 ; Mt 17,22 ; Mt 20,17) parce qu’il prêchait que la Vie donnée par Dieu son Père ne correspondait pas forcément à ce que la religion du moment enseignait.

Sa prédication était marquée par l’annonce du Règne de Dieu en chacun(e), une vraie proximité avec les pauvres et les pécheurs (« Il mangeait avec eux » Lc 15,2), et la réalisation de ce que les prophètes avaient annoncé. De plus il remettait les péchés, il appelait Dieu son Père et à cause de cela il prenait ses distances avec la religion de l’époque : « Il a été dit aux anciens … moi, je vous dis … ».

Alors tout le monde s’interroge : « Il perd la tête » (Mc 3,21), « Il est possédé » (Jn 10,20). Tout cela se terminera chez Caïphe et il sera condamné à mort.

Etre crucifié, c’est subir le supplice le plus infamant qu’on pouvait infliger à un condamné de droit commun à l’époque de Jésus. Mais c’est sur cette Croix que se joue la crédibilité de son message. Comment, en effet, porter crédit à celui qui est cloué ? C’est la question de la foi qu’on se remémore chaque fois que nous faisons sur nous-mêmes le signe de la Croix.

La crucifixion de Jésus nous rappelle que la mort est du côté de ceux qui mettent à mort et que la vie est du côté de Celui qu’ils ont transpercé. Donner sa vie, en effet, c’est être sauvé de soi-même et des apparences de la vie. La vie n’est plus à prendre puisqu’elle est donnée. Du coup, la mort n’a plus aucun pouvoir. La Croix nous sauve parce qu’elle nous oblige à sortir des logiques humaines pour entrer dans la logique de Dieu. En ce sens, elle nous convertit.

Ce que Jésus nous révèle sur la Croix, c’est que dans notre vie il y a en nous la vie d’un Autre qui est Dieu lui-même. Cette vie est à son image à Lui, à savoir éternelle.

Il faut bien alors que chacun devienne éternel pour que cette vie de Dieu en nous puisse continuer et que Dieu puisse être Dieu en nous tel qu’il veut être Dieu. C’est le sens de la Résurrection et cela a été révélé sur la Croix du Christ.

La Croix du Christ, en effet, nous rappelle que ce jour là, la mort est morte parce que la mort n’existe pas en Dieu. Ce jour-là, c’est son corps qui s’est arrêté de vivre mais pas sa vie parce qu’en Lui la vie d’un Autre se donnait à vivre. C’est la révélation de la Croix : on ne vit pas de la naissance vers la mort, mais de la mort vers la naissance. C’est la logique de Dieu que nous marquons sur nos propres corps chaque fois que nous faisons le signe de la Croix. Nous faisons sur notre corps appelé à disparaître le signe de la Vie de Dieu qui est résurrection éternelle à la suite de Jésus.

En ressuscitant Jésus, Dieu son Père a montré que ce qu’il avait enseigné était la réalité de vie de chacune et chacun d’entre nous. Sur la croix, il a révélé que Jésus avait pris la dernière place. C’est la révélation que dans le Royaume de Dieu, il n’y a plus de dernière place puisqu’elle est celle de Jésus. Au pire, nous serons avant dernier … et devant lui ! C’est le mystère de la vie divine que la Croix du Christ nous a révélé et c’est cela notre salut.

Père Guy Cordonnier


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