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Homélie du dimanche 3 mai 2020



Vous avez certainement constaté que depuis quelques semaines, la liturgie accompagnant providentiellement l’actualité, l’Evangile nous fait entrer, dimanche après dimanche, dans un lieu confiné : après le tombeau de Lazare, celui de Jésus ; puis la maison, verrouillée à double tour, où les apôtres se sont enfermés à cause de la menace qui pesait sur eux ; et la semaine dernière, nous nous sommes attablés, avec les compagnons d’Emmaüs, dans un autre lieu clos : une auberge, où Jésus s’est fait reconnaître par eux à la fraction du pain.


Contrairement à ces 2 hommes, que la rencontre avec Jésus ressuscité a aussitôt remis debout, physiquement, psychiquement et spirituellement parlant, les faisant ainsi sortir, pour aller, tout joyeux, à la rencontre des apôtres, de notre côté, la Foi en Jésus ressuscité a beau nous aider à relever la tête, il n’empêche que nous ne sommes pas encore, pour autant, sortis de l’auberge, avec ce virus qui nous emprisonne tout autant qu’il nous empoisonne !


Néanmoins, une lumière pointe aujourd’hui le bout de son nez. Je ne parle pas seulement de cette pâle lueur d’espoir, notée au stylo rouge dans nos agendas depuis plusieurs semaines, à savoir la fameuse date du 11 mai, qui pouvait laisser croire que le déconfinement progressif allait enfin nous autoriser, une fois sortis de nos maisons, à retrouver le bercail de nos églises, où notre Bon Pasteur veut rassembler ses brebis, pour les nourrir et leur communiquer sa vie divine, dans l’Eucharistie ! Nous n’en sommes malheureusement pas encore là, puisqu’avec les rassemblements, le doute subsiste toujours d’une contamination généralisée qui pourrait repartir de plus belle…


La lumière dont je veux parler, cette lumière que rien, ni personne, ne peut venir éteindre, c’est la lumière qui jaillit du tombeau vide : la lumière de l’Espérance qui nous ouvre à cette certitude qu’une porte est non seulement en train de s’ouvrir, mais qu’elle est déjà ouverte ! Cette porte nous a déjà libérés ! Or, beaucoup n’ont pas encore pris conscience qu’il fallait la franchir pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu !


Cette porte, qui contient en elle-même, bien plus que l’espoir d’un déconfinement rapide, mais l’espérance d’une vraie libération, à savoir ce bon de sortie définitif qui s’appelle le Salut… cette porte, elle porte un nom : Jésus-Christ, dont l’affirmation ne fait plus de doute : «Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage ».


En ce 4ème dimanche de Pâques, le Seigneur nous demande donc, non pas de « prendre la porte », mais de passer par la porte, c’est-à-dire de passer par Lui pour être sauvés. Ce passage, c’est Pâques ! Une fois la porte franchie, nous pourrons alors goûter, dans la Foi pascale, à sa présence d’amour et à la joie de pouvoir respirer la vie à pleins poumons, sur les prés d’herbe fraîche où le Seigneur veut nous faire reposer.


Mais pour franchir cette porte, il y a une condition : être appelé(e), chacun et chacune, par son nom. Rassurez-vous : nous sommes tous appelés, sans exception, car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Mais pour accueillir réellement et pleinement cet appel au Salut adressé à chacun, il est nécessaire de tendre l’oreille, pour écouter attentivement la voix du seul Pasteur, qui parle au cœur de chacun dans sa Parole vivante. Plus nous aurons une familiarité avec sa Parole (ce que le confinement devrait normalement nous permettre davantage !), et plus nous discernerons, dans la cacophonie ambiante des voix discordantes, Sa voix à Lui ! Plus nous écouterons sa voix et plus nous suivrons sa voie, une voie qui mène à la vraie vie : « Les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix ».


Et pour cela, comme nous y invite St Pierre, dans le discours qu’il prononce le jour de la Pentecôte, et que relate la 1ère lecture (Ac 2,38) il faut se convertir ! Le temps pascal est fait pour ça ! Eh oui ! La conversion, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas réservée au carême, ni aux périodes de quarantaine, mais elle doit être quotidienne !


Et si cette conversion commençait par l’humble, silencieuse et consciencieuse reconnaissance de tout ce qui nous enferme sur nous-mêmes, tout ce qui fait obstacle à la vraie liberté, tous ces enclos dont le Seigneur, notre Bon Pasteur, par sa résurrection, veut nous faire sortir ? Nos idées toutes faites et bien arrêtées, nos jugements à l’emporte-pièce, nos peurs entretenues, nos colères non nécessaires, nos complaisances avec le mensonge… de tout cela, le Seigneur veut nous soigner et nous guérir, en nous prenant dans ses bras et sur ses épaules. Laissons-le faire ! Laissons-nous faire !


Car, si Jésus veut nous faire sortir de tout ce qui est clos, à savoir la mort, c’est pour nous faire aller vers tout ce qui éclot, à savoir la vie : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » ! Amen.

P. Gaël Sachet


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