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Homélie du dimanche 29 mars 2020



Aujourd’hui, Jésus se rend présent à une famille en deuil. Cette famille, que nous connaissons bien, pour l’avoir déjà rencontrée ailleurs dans l’Evangile, elle est composée de Marthe, de Marie et de Lazare. Ils sont frère et sœurs, et ce sont les amis de Jésus. Avec la mort de Lazare, Jésus vient donc de perdre un ami, un être cher.

Elles sont malheureusement nombreuses, les familles en deuil, en ce moment si particulier de notre histoire planétaire. Ils sont nombreux les Lazare enfermés dans un cercueil, près de qui, pour raisons sanitaires, peu de personnes peuvent venir se recueillir.

A la peine de la famille en deuil s’ajoute la double peine de ne pouvoir être entourée par davantage de monde, et la triple peine, là encore pour raisons sanitaires, de ne pouvoir se serrer dans les bras. Je pense à cette personne qui m’a dit, il y a quelques jours, que le contact physique, si réconfortant, rendu impossible, ajoutait à la douleur.

Et voilà que Jésus s’approche et qu’il prend dans ses bras et dans son cœur chaque personne affligée, toutes les Marthe et les Marie pleurant un frère disparu.

Nous savons que parmi les gestes barrières, pour éviter une contamination, il y a la distance réglementaire d’un mètre à respecter. Un « mètre » nous sépare, et pourtant, un « maître » nous rapproche : « le Maître est là, il t’appelle », comme le dit Marthe à sa sœur Marie.

Avec Jésus, on peut être sûr qu’il n’y a effectivement qu’un seul Maître entre nous, et ce Maître, celui qui nous appelle et qui nous unit, c’est le Seigneur, le Fils du Dieu vivant, dont nous recevons, avec la Foi de Marthe, la consolante parole : « Moi, je suis la résurrection et la vie, celui croit en moi, même s’il meurt, vivra » !

Dans ses bras de Ressuscité, le Maître de la Vie reçoit nos défunts, pour les conduire à son Père.

Mais les bras du Ressuscité, ce sont aussi les bras accueillants des membres de nos équipes paroissiales qui accompagnent les familles en deuil. Pour cette belle et importante mission d’Eglise qu’elles accomplissent contre vents et marées, avec tact et compassion, dans l’écoute et la discrétion, que ces personnes soient ici remerciées !

Les bras du Ressuscité, ce sont aussi les bras de tous les soignants, qui n’ont pas peur, au péril de leur propre santé, d’entrer en contact avec les personnes fragiles et malades, dans les EHPAD, dans les chambres d’hôpitaux et les salles de réanimation, pour leur apporter la guérison physique et la guérison morale par le soutien de leur humaine et courageuse présence.

Les bras du Ressuscité, ce sont tous les bras de celles et ceux qui continuent à travailler, pour nourrir la population, lui procurer le pain quotidien et permettre à notre pays de continuer à vivre.

Les bras du Ressuscité, ils descendent même jusqu’au bout des doigts de ceux qui pianotent, sur leur téléphone, un numéro, pour nouer un contact et permettre à telle ou telle personne isolée de garder un lien social.

Les bras du Ressuscité, ce sont tous les coups de main et tous les gestes de solidarité qui fleurissent ici ou là, témoignant que la fraternité dépasse les murs qui nous isolent physiquement les uns des autres.

Enfin, les bras du ressuscité, on les retrouve aussi dans les bras d’une maman et d’un papa qui accueillent avec bonheur leur enfant nouveau-né, pour le blottir contre leur cœur… On a vite fait d’oublier qu’en ces semaines de printemps, où nous est annoncé, chaque soir, le nombre de morts à cause du virus, il y a aussi beaucoup de naissances !

La vie que Jésus redonne à Lazare, c’est la vie qui nous est donnée chaque matin, la nôtre et celle des autres, dont nous sommes invités à prendre soin.

Si, comme l’aurait dit le poète Lamartine, pour Marthe et Marie, avec la mort de leur frère, « un seul être leur manque et tout est dépeuplé », si, pour nous-mêmes, un seul mètre nous sépare dans nos rues dépeuplées, le seul être, qui par sa mort, peut nous sauver, c’est le seul Maître, dont les bras viennent nous relever : le Christ ressuscité ! Amen.

P. Gaël Sachet