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Homélie du dimanche 24 mai 2020



Avec son Ascension, on peut affirmer, sans aucune hésitation, que Jésus est arrivé au sommet de sa Gloire ! Et ce n’est sans doute pas un hasard si, le dimanche qui suit l’Ascension, la liturgie de la Parole, aussi bien dans l’Evangile que dans la lettre de St Pierre, nous fait justement entendre, à 9 reprises, le mot « gloire » ou le verbe « glorifier ».


Evidemment, la gloire que Jésus partage, ce n’est pas la gloire humaine, telle que nous pouvons la définir ordinairement. Cette gloire humaine, qui provient d’un succès ou d’une popularité dont on pourrait vite s’enorgueillir, n’a rien à voir avec la Gloire de Dieu.


Notre Dieu n’est pas le Dieu du succès ! Il ne cherche pas non plus à être populaire, sinon Il aurait choisi des moyens autrement plus clinquants que la crèche et la croix pour se faire connaître et asseoir sa gloire !


Le Dieu de Jésus-Christ ne remplit pas les églises comme une rock’n roll star remplit les Zénith et les festivals de musique ! Avec Jésus, le feu des projecteurs, c’est le feu de l’Esprit-Saint !


D’ailleurs, dans l’Evangile, quand la foule accourt pour entourer Jésus, qu’elle acclame et sollicite pour sa Parole qui fait autorité et pour les miracles qu’il accomplit, une fois sa mission réalisée, Jésus ne signe pas d’autographes. Il s’en éloigne systématiquement et se tient à l’écart, que ce soit sur une barque, sur une montagne ou dans un désert, pour éviter l’adulation idolâtrique.


Quand Jésus s’isole des foules qui veulent le couronner d’une gloire seulement humaine, s’il se met à l’écart, c’est pour prier et parler, seul à seul, avec son Père. La voici, la véritable Gloire, la gloire de Dieu, qui trouve en l’Ascension son sommet : la gloire de Dieu, c’est son identité même, à savoir cette pure communion d’amour qui relie le Père et le Fils, dans l’Esprit-Saint.


En montant au Ciel, Jésus est « glorifié » en ce sens qu’il entre de manière définitive dans l’intimité du Père. Ce qui fait la gloire invisible de Dieu, dans le Ciel, c’est l’unité des 3 personnes, dans une appartenance mutuelle et éternelle : « Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ». Et ce qui fait la gloire visible de Dieu, sur la terre, c’est l’unité de ses enfants dispersés, dont l’Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique, est le signe.


Ce qui fait la gloire d’un père ou d’une mère de famille, ce n’est pas tant la réussite de leurs enfants que l’amour fraternel qui peut exister entre eux. Une famille unie, quel bonheur pour des parents !


Il en est ainsi avec Dieu. Ce qui fait sa gloire terrestre, c’est l’unité de son Eglise et la communion fraternelle entre ceux qui la composent, communion à laquelle nous sommes invités à prendre part, dans la diversité de nos expériences et de nos sensibilités, par l’Esprit-Saint qui nous sera donné à la Pentecôte.


C’est la raison pour laquelle, sur ce chemin qui mène à la Pentecôte, nous sommes invités à « monter » nous aussi, et à vivre, en quelque sorte, une « Ascension », à l’image des apôtres, dont le livre des Actes, dans la 1ère lecture, nous dit qu’après avoir vu Jésus s’élever jusqu’au Ciel, ils sont montés dans la chambre haute, le cénacle, dans l’attente de l’Esprit-Saint, que Jésus leur a promis.


Depuis quelques semaines monte aussi en nous le désir, de plus en plus intense, de retrouver le cénacle élargi de nos églises, pour y célébrer l’Eucharistie, Sacrement qui fait notre unité.


Mais en attendant, avant de pouvoir à nouveau communier au Pain de Vie qu’est l’Eucharistie, il existe une autre communion, à laquelle nous participons déjà, et que St Pierre relate dans sa lettre : « Bien-aimés, dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera ». Cette communion que nous sommes en train de vivre, c’est une communion spirituelle, donc dans l’Esprit, avec tous ceux qui souffrent physiquement de la faim, mais aussi avec tous les malades, et avec toutes les personnes, à travers le monde, qui souffrent de ne pas pouvoir célébrer l’Eucharistie, à longueur d’année, à cause de la persécution ou par manque de prêtres.


Si nous souffrons vraiment avec ceux qui souffrent, et si cette souffrance, au lieu de nous enfermer sur nous-mêmes, augmente en nous la charité, alors nous communions déjà réellement au corps du Christ, un corps certes glorieux et ressuscité, mais qui n’a pas été épargné par la souffrance et par la croix.


C’est sur la Croix, paradoxalement, que la Gloire de Dieu, dans tout son éclat, s’est manifestée au monde, quand Jésus, par amour pour nous, en poussant son dernier souffle, s’est offert au Père : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46)


Cet esprit remis au Père, c’est l’Esprit-Saint, l’Esprit du Fils glorifié dans le Père et l’Esprit du Père glorifié dans le Fils, qui nous sera « rendu » au jour de la Pentecôte, pour que nous puissions participer, nous aussi, par l’offrande de nous-mêmes, à cette « souffrance d’amour » qu’est la Gloire de Dieu.

Dans l’attente de l’Esprit qui descendra sur nous à la Pentecôte et tandis que monte en nous le désir ardent de pouvoir chanter ensemble, dans nos églises, la Gloire de Dieu, continuons à « donner corps » à cette Gloire, dans le cénacle de nos maisons, en maintenant un lien d’intimité profonde avec le Christ, chemin vers le Père, dans la communion de l’Esprit-Saint. Amen.


P. Gaël Sachet