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Homélie des Rameaux


Alors que nous traversons un carême dramatiquement viral s’ouvre devant nous une semaine qui s’annonce absolument vitale : la Semaine Sainte, que nous inaugurons aujourd’hui avec la fête des Rameaux. La lecture du long récit de la Passion nous plonge déjà dans l’ambiance de cette semaine particulière qui constitue le cœur de notre foi chrétienne. En suivant Jésus pas à pas, depuis sa condamnation jusqu’à sa Résurrection, nous allons célébrer le mystère de notre Salut.


Au nombre déjà impressionnant de tous les morts qu’on nous annonce, chaque soir, va s’ajouter un nom de plus, sur la liste : celui de Jésus, le Christ.


Sans avoir été lui-même contaminé par le péché, il va pourtant mourir à cause de nos péchés. Il va mourir de notre propre mort, pour que nous puissions vivre de sa propre vie.


L’évangéliste Matthieu écrit que Jésus, « poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit ». Ce grand cri que Jésus, à bout de force et à bout de souffle, laisse échapper à la face du monde, ce cri qui retentit encore, haut et fort, c’est l’annonce officielle de la mort de la mort.

Etrange paradoxe qu’il est sans doute difficile de comprendre. Etrange Fils de Dieu, qui se présente lui-même comme étant la « Résurrection et la Vie », qui rend la vue aux aveugles, la guérison aux malades, la vie aux morts, mais qui ne va rien pouvoir faire pour lui-même. Cela n’échappe d’ailleurs pas à la foule, ni aux autorités religieuses, grands prêtres en tête, ni aux bandits crucifiés avec lui, qui vont tous le moquer et le conspuer : « Sauve-toi toi-même si tu es Fils de Dieu », « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ».


Ces paroles, qu’on pourrait d’emblée interpréter comme insultantes, elles sont en réalité très à-propos, car nous tombons tous dans ce piège : c’est la 1ère tentation de reprocher à Dieu son impuissance, voire son absence et la 2ème tentation de prétendre réussir à se sauver par soi-même.


Depuis quelques jours, à travers le monde, différentes voix se font entendre, partageant toutes un seul et même constat : « on ne va pas réussir à se sauver tout seul ! »


Effectivement, depuis la croix du Golgotha, c’est le message intemporel de l’Evangile : On a besoin de Dieu et on a besoin des autres, pour aimer et pour vivre ! On ne se donne pas la vie par soi-même. Personne ne peut vivre par soi-même. Personne ne peut se sauver tout seul. Pas même le Fils de Dieu ! C’est son Père qui va le ressusciter. Jésus, le Sauveur, on peut dire, en quelque sorte, que c’est aussi le premier des Sauvés ! Jésus, le Ressuscité, c’est aussi le Crucifié !


Chercher à vouloir se sauver soi-même, ne serait-ce pas ça, finalement, le péché ? Se croire au-dessus de tout et meilleur que les autres, sachant bien mieux que les autres ce qu’il faut faire et comment il faut se comporter, vouloir être à soi-même sa propre source, sa propre origine et sa propre référence, et du coup, se placer au centre de tout ? Voilà ce dont Jésus est venu nous libérer en acceptant humblement de ne pas se sauver par lui-même ! Jésus est Dieu, mais il n’est pas le Père. Il est le Fils, et c’est en tant que Fils qu’il va remettre sa vie, par amour, entre les mains du Père, qui va lui-même, de sa main, ressusciter d’entre les morts son propre Fils, pour en faire le premier des vivants !


Que le Christ, le Fils du Père, nous entraîne, avec Lui, à combattre l’orgueil, ce péché viral qui conduit à la mort, avec cette arme inoffensive et pourtant redoutable qu’est l’humilité, dont l’image la plus parlante est celle du lavement des pieds.


Et ainsi, au cours de cette Semaine Sainte particulière, que nous allons vivre ensemble, depuis nos maisons, pas seulement en connexion, mais surtout en communion, de cœur et d’esprit, de corps et d’âme, les uns avec les autres, en participant à l’offrande d’amour du Christ, nous allons passer, avec Lui, de la mort à la vie. Amen.

P. Gaël Sachet


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