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De l’Afghanistan, à l’Allier, en passant par Saint Malo

Itinéraire d’un jeune hazara.



Début 2019, notre ami Bernard nous indique un jeune étranger au fond de l’Eglise. C’est le deuxième dimanche qu’il vient içi, nous dit-il, et il parait bien isolé. A la fin de la messe, nous engageons la conversation avec Taqi dans un anglais maladroit. Il nous raconte en quelques mots le périple douloureux qui l’a conduit depuis son pays hazara en Afghanistan. Une année en Iran, de longs mois en Turquie, la traversée de l’Europe, un campement de tentes à Paris canal Saint Martin, Rennes, et enfin… Saint Malo, où il a été envoyé en attente d’une place en Centre d’Accueil. Ensemble, nous nous rendons au repas partagé proposé par les paroisses une fois par mois. Taqi est tout de suite séduit par la gentillesse de tous.


Pendant quelques semaines, il participe à notre vie de famille, nous partage sa quête spirituelle, rencontre nos amis de la paroisse, commence à visiter la région… Il nous dira plus tard que c’était la première fois depuis son arrivée en France, et plus encore depuis son départ d’Afghanistan, qu’il avait des relations « normales » avec des gens « normaux ».


Quelque temps plus tard, il nous annonce un matin qu’il doit partir le lendemain pour la région de Vichy où il est envoyé dans un nouveau Centre d’Accueil. Le temps d’aller apercevoir de loin la silhouette du Mont Saint Michel, qu’il désirait tant visiter (nous irons finalement ensemble l’été suivant), et le voilà reparti pour l’inconnu, laissant derrière lui tous ses nouveaux amis.


Mais notre histoire commune ne faisait que commencer.


Ne le voyant plus à la messe, une paroissienne nous interpelle un dimanche. Commence alors une nouvelle étape de l’itinéraire de Taqi. Bernadette est originaire de Bellenave, cette petite ville proche de Vichy où Taqi réside désormais. Grâce à elle, nous pouvons le mettre en contact avec des habitants avec qui il va nouer des relations privilégiées. Il rencontre un peu plus tard un ami libraire de Vichy dont le papa vit à Saint Jouan. Martin continue son apprentissage du français, et sur son téléphone portable il garde le plus souvent le doigt appuyé sur la touche « trait d’union ». Un trait d’union entre les habitants du bourbonnais, un trait d’union entre Saint Malo et Bellenave. Et puis le monastère de Chantelle où il se rend avec son vélo et où il rencontre le P.François Hiss, qui a exercé son ministère en Algérie et en Iran, et avec qui il peut pratiquer sa langue maternelle, le farsi.


Le P. François va l’accompagner dans son cheminement vers le baptême. C’est à lui que nous avons emprunté ces quelques lignes : « Taqi avait tout pour désespérer : un long chemin qui l’a conduit de l’Afghanistan à un village du Bourbonnais. De ces chemins que l’on ne peut raconter tant on y trébuche. Un quotidien dans un centre de migrants qui anesthésie tous les enthousiasmes et décourage tous les printemps. Un quotidien qui n’a rien d’autre à offrir que des grasses matinées contraintes tous les jours que Dieu fait. Cette procédure administrative kafkaienne, quand elle n’est pas ubuesque. Et ce virus qui vous isole davantage dans un isolement contre nature. Et pourtant Taqi sourit. L’autre jour, Taqi entouré de tous ses amis est devenu Martin, et Martin jubile. C’est toujours le même centre de migrants, la même administration, et toujours le même virus, mais il n’en finit pas de sourire. Les Bourbonnais ébahis ne demandaient qu’à le plaindre mais quand ils voient le sourire de Martin, ils voudraient à leur tour percer le secret du bonheur qui inonde. Alors Martin raconte, sans se raconter, gardant pour lui les épines, n’offrant aux autres que la rose épanouie. Il raconte Celui qui a fait signe et lui donne cette paix. Celui qui le nourrit et l’oriente. Celui qui le délivre de tous les traquenards. Celui qui lui a donné une famille si nombreuse que les dimanches et les vacances ne suffisent plus à les visiter tous… La mission de Martin commence… ».

Depuis plus de deux ans, Martin attend de pouvoir vivre librement en France. Son sourire nous manque, même si heureusement what’s app permet de garder le contact.

Son parrain et sa maman de cœur.